DIMENSION-FX

Musées

Les objets au sous-sol des musées

Pourquoi les petites collections ont besoin de leur propre stratégie de numérisation.

9 min de lecture

Les objets au sous-sol des musées

Image créée par IA

Pourquoi les petites collections ont besoin de leur propre stratégie de numérisation.

Quand on parle de patrimoine numérique, le sujet est le plus souvent les monuments : bâtiments, mémoriaux, sites archéologiques ou paysages. Pour ce type de travaux, les méthodes de haute précision — balayage laser terrestre, photogrammétrie contrôlée et levé géodésique — sont en règle générale le bon choix.

Dans bien des cas, pourtant, l’écart naît dans la réserve elle-même. Les musées conservent une grande part de leurs collections hors de l’exposition permanente. Une enquête du Conseil international des musées (ICOM) a montré que beaucoup de musées ne présentent en permanence qu’une petite partie de leurs fonds. Selon une analyse muséologique plus récente, jusqu’à 90 pour cent des fonds peuvent se trouver en réserve, selon l’établissement.[1]

Le défi ne consiste donc pas seulement à numériser de grands sites de façon spectaculaire. Il consiste à documenter pas à pas une multitude d’objets plus petits — céramiques, outils, monnaies, textiles, figurines, appareils techniques ou objets régionaux du quotidien —, à les rendre repérables et à les ouvrir à un large public.

Ce que disent les chiffres

Les données sont hétérogènes. Il n’existe aujourd’hui aucun chiffre fiable permettant d’établir un total mondial des objets de musée restant à numériser. Les nombres diffèrent selon le pays, le type de collection, la définition de « numérisé », et selon qu’il s’agit de données d’inventaire, de reproductions 2D, de modèles 3D ou de contenus accessibles en ligne.

Le chiffre de comparaison européen le plus cité provient de l’enquête ENUMERATE de 2014. Elle portait sur différents types d’institutions patrimoniales, pas seulement sur les musées. En moyenne, 17 pour cent des fonds analogiques étaient alors reproduits numériquement, tandis que 52 pour cent restaient à numériser selon les répondants. L’étude précise expressément qu’il s’agit de moyennes non pondérées.[2]

Ces valeurs ne doivent pas être présentées comme l’état actuel de l’Europe ni de tel ou tel musée. Ce qu’elles documentent, c’est une situation de départ structurelle : la numérisation est une tâche de long terme, d’une ampleur bien supérieure à celle de projets phares isolés.

Des rapports politiques plus récents confirment que la tâche demeure. En 2025, la Commission européenne a constaté que si les progrès des États membres étaient mesurables, les objectifs ambitieux pour 2025 et 2030 en matière de numérisation du patrimoine restaient nettement hors d’atteinte. Selon la statistique culturelle de 2020, 63 pour cent des musées autrichiens disposaient par exemple d’un inventaire numérique et 44 pour cent d’une collection accessible en ligne. Parmi les établissements d’une consultation ultérieure, non représentative, ces parts étaient plus élevées.[3]

Aucune concurrence avec le relevé

Pour de nombreuses tâches de protection du patrimoine, de restauration, d’inventaire à exigence métrique ou d’analyse scientifique, une représentation 3D visuellement convaincante ne suffit pas. La photogrammétrie classique, le balayage laser et des protocoles de mesure documentés y restent indispensables.

Les méthodes fondées sur l’image, comme le 3D Gaussian splatting, visent autre chose. À partir d’un grand nombre de photos ou d’une vidéo, elles produisent une scène représentable dans l’espace, consultable de façon interactive. Le procédé est intéressant pour la visualisation, la médiation et l’accessibilité numérique des biens culturels, un contrôle de qualité clair restant indispensable.

Les publications spécialisées relèvent, pour le 3D Gaussian splatting appliqué aux objets culturels, des difficultés liées à l’alignement des images, à des conditions de prise de vue instables, aux arrière-plans, aux reflets et à des angles de vue incomplets. Les études comparatives soulignent en outre que les méthodes classiques peuvent conserver des avantages en précision géométrique, selon l’objet et l’objectif.[4]

Le positionnement juste est donc celui-ci :

DFX SplatCore complète les procédés de numérisation existants là où une présentation 3D locale, de bonne qualité visuelle et évolutive de petits objets est nécessaire. Il ne remplace ni le relevé métrologique, ni le constat de restauration, ni la documentation scientifique aux exigences de précision définies.

La station de travail évolutive

Pour de petits objets transportables et autorisés, une station de travail locale et compacte peut être une bonne entrée en matière. Elle devrait comporter un appareil photo, une lumière diffuse régulière, un plateau tournant adapté, un fond neutre ou texturé et un ordinateur doté d’une carte graphique performante.

DFX SplatCore est conçu comme une application Windows qui travaille en local. Un système d’au moins 16 Go de VRAM constitue une base de départ réaliste pour des flux de reconstruction plus exigeants. Les données image peuvent ainsi être traitées au sein du musée, des archives ou chez le prestataire mandaté, sans transmission à un service cloud.

Une barrière d’entrée basse ne signifie pas pour autant que tout jeu de données devient automatiquement exploitable. Un appareil photo est aujourd’hui à la portée de tous, mais une prise de vue reproductible exige tout de même un protocole. Pour la qualité du résultat, une lumière régulière, un recouvrement suffisant des images, des réglages constants, une mise au point nette et un traitement adapté des objets réfléchissants, transparents ou fragiles sont décisifs. La recherche sur les petits objets archéologiques montre les limites et les écarts de qualité entre 3DGS, NeRF et photogrammétrie classique surtout sur les géométries complexes et les surfaces réfléchissantes.[4]

Du lieu de fouille à la réserve

La part intéressante sur le plan économique et organisationnel tient à la répartition du travail.

La prise de vue peut aussi se faire ailleurs que là où se trouvent le matériel de calcul nécessaire et la compétence 3D. Une fouille, une antenne, un musée régional ou un partenaire bénévole peut réaliser une série photographique normalisée. Les données originales, inchangées, sont ensuite remises à un service spécialisé central. Là, les images sont examinées, reconstruites, les métadonnées entretenues, l’export réalisé et la publication enfin validée.

ÉtapeRôle responsableRésultat
Saisiréquipe de fouille, personnel du musée, partenaires régionauxsérie photographique complète avec identifiant d’objet et contexte
Sauvegarderl’entité qui saisitfichiers originaux et copie redondante
Vérifierservice spécialisé centralnetteté, couverture, exposition et traitabilité évaluées
Traitermusée ou prestatairemodèle 3D de présentation et fichiers d’export ouverts
Éditorialisercollection, recherche et médiationdescription de l’objet, droits, sources, points d’intérêt et validation
Diffuserl’établissementsite web, portail de collections, exposition ou station hors ligne

Ce modèle ne peut pas remplacer l’expertise d’un spécialiste. Ce qu’il fait, c’est répartir le travail intelligemment. L’infrastructure rare — matériel performant, flux 3D, contrôle qualité et rédaction web — peut être fournie de façon centrale. La prise de vue se fait là où se trouve l’objet.

Cela compte particulièrement pour les objets fragiles, soumis à des règles de protection ou non transportables sans précaution. Le fait de photographier, de transmettre ou de publier, et à quelles conditions, est déterminé par les droits de propriété, les prescriptions de fouille, les exigences de conservation et les décisions des établissements responsables.

Tout tient à la prise de vue

La prise de vue est le seul maillon de la chaîne qui ne se répare pas entièrement après coup.

Une vue de dos manquante ne peut pas être déduite de façon fiable d’une série incomplète. Les images floues, une lumière changeante, des surfaces brûlées ou des fichiers compressés par une messagerie peuvent nuire à la qualité de tout le flux. La puissance de calcul appliquée ensuite ne remplace pas l’information image manquante.

Pour les prises de vue sur le terrain et en réserve, un protocole minimal clair devrait donc s’appliquer :

L’objet est entièrement contourné en vues qui se recouvrent. Des vues supplémentaires en hauteur comblent les lacunes sur les faces supérieures et dans les creux.

Au sein d’une série, les réglages de lumière, de focale, de mise au point et d’exposition restent aussi constants que possible.

Conformément aux règles de l’établissement, une mire d’échelle ainsi qu’un identifiant d’objet ou de trouvaille sont documentés.

Avant l’emballage ou le retour en réserve, un contrôle rapide vérifie la netteté et la couverture.

Les fichiers originaux restent inchangés. Ils sont rangés par identifiant d’objet et sauvegardés de façon redondante au moins une fois.

Publication et transmission n’ont lieu qu’après clarification des droits et selon les règles de protection et de validation.

Une mire d’échelle rend les rapports de taille intuitifs. Pour utiliser un modèle 3D comme instrument de mesure à des fins métrologiques ou médico-légales, il faut en revanche une prise de vue calibrée, des points de contrôle et une évaluation documentée.

Souveraineté locale sur les données

Dans le domaine des biens culturels, les chemins des données font partie de la responsabilité professionnelle. Lieux de fouille, trouvailles encore inédites, prêts, collections ethnographiques ou informations sensibles sur les objets peuvent relever de règles juridiques, éthiques et institutionnelles particulières.

Un traitement local ne remplace pas la clarification des droits. Ce qu’il permet, c’est le contrôle technique : images originales, états intermédiaires et modèles peuvent rester dans sa propre infrastructure ou dans celle d’un prestataire mandaté. DFX SplatCore est conçu pour ce flux local.

Renoncer à l’obligation de cloud compte aussi pour l’archivage. Pour bâtir une mémoire numérique solide, les établissements ont intérêt à conserver, outre une vue en ligne, les images brutes, les métadonnées, les étapes de travail documentées et des formats de sortie aussi ouverts que possible. DFX SplatCore prend en charge les sorties PLY et GLB. Elles devraient malgré tout être conservées avec les informations de version, les métadonnées et une stratégie d’archivage claire.

La médiation commence par l’intégration

Une représentation numérique ne produit d’effet public qu’une fois intégrée de façon compréhensible.

Avec DFX Orbit, un modèle peut être enrichi en présentation interactive : points d’intérêt, galeries d’images, zoom, audioguide, vues avant-après et trajectoires de caméra guidées. Un repère peut expliquer une incision, une galerie peut montrer des photos de fouille ou de restauration, et un audioguide peut transmettre l’histoire de l’objet.

L’accès peut passer par le site d’un musée, un portail de collections ou une station d’exposition. Un export capable de fonctionner seul peut en outre être utilisé sans connexion internet permanente : près d’une vitrine, dans une exposition itinérante ou sur un appareil de médiation.

La visibilité complète la conservation

Les représentations numériques ne remplacent ni la conservation, ni l’inventaire, ni la recherche, ni la restauration. Ce qu’elles peuvent faire, c’est élargir la visibilité d’un objet et ouvrir ainsi de nouveaux usages.

Un objet en réserve reste protégé. En même temps, il peut nourrir numériquement la médiation, la recherche, la préparation d’expositions et l’éducation. Les visiteurs peuvent explorer des vues difficilement accessibles derrière une vitre ou dans une vitrine classique. Chercheurs et curieux disposent ainsi d’une référence visuelle supplémentaire sans que l’original doive être déplacé sans cesse.

La politique numérique européenne poursuit exactement ce cadre plus large : accès, réutilisation, conservation à long terme et développement des compétences et des infrastructures pour le patrimoine numérique. La Commission invite expressément les États membres à accélérer leurs progrès en numérisation et en conservation numérique.[5]

Un premier pas réaliste

Il n’est pas nécessaire que chaque collection lance aussitôt une grande initiative 3D. Un bon départ peut être une petite série pilote clairement délimitée : une vingtaine d’objets d’un même type, avec un protocole de prise de vue documenté, des métadonnées vérifiées et un objectif de médiation défini.

Cela permet d’évaluer réellement les temps de prise de vue, les limites sur certaines surfaces, les tailles de fichiers, la charge de calcul, la qualité et le travail rédactionnel. Les décisions sur le passage à l’échelle, les priorités, les modèles de personnel et l’archivage à long terme ne devraient venir qu’ensuite.

Pour élever et relever de grands monuments, il faudra toujours des équipes spécialisées et des méthodes de mesure précises. Les petits objets du sous-sol ont eux aussi besoin d’une planification soignée de leur avenir.

Rien n’oblige à commencer par un scanner laser.

Au commencement, il y a une prise de vue soignée, des chemins de données clairs et une technique qui rend la visibilité numérique concrètement atteignable pour beaucoup d’objets.

Sources

  1. [1] icom — https://icom.museum/en/news/museum-storage-around-the-world/
  2. [2] pro.europeana — https://pro.europeana.eu/page/results
  3. [3] digital-strategy.ec.europa — https://digital-strategy.ec.europa.eu/de/news/eu-report-calls-member-states-accelerate-digitisation-cultural-heritage
  4. [4] isprs-annals.copernicus — https://isprs-annals.copernicus.org/articles/X-M-2-2025/215/2025/isprs-annals-X-M-2-2025-215-2025.pdf
  5. [5] digital-strategy.ec.europa — https://digital-strategy.ec.europa.eu/de/policies/cultural-heritage

Voir tous les articles